

Tous les ans c'est la même chose : une fois le 15 août passé, le chemin de la reprise se dessine pour la majorité des travailleurs et des écoliers français. Avec ses joies (revoir les collègues, les copains, les élèves;)) et ses craintes (changement de service, changement de classe, changement d'équipe:()
Parmi ces craintes, le changement d'équipe, et plus particulièrement l'arrivée dans une nouvelle équipe, sera l'objet de cet article.
Partons du constat. Qu'est-ce qui fait que l'arrivée dans une nouvelle équipe peut être source de malaise, de stress voire de véritable angoisse ?
Les problèmes les plus couramment évoqués :
La première confrontation au monde du travail et notamment l'écart entre la prise en compte des différences au travail et à l'école. A une époque où l'intégration de tous est un mot d'ordre social, donc naturellement au cœur des préoccupations des enjeux de l'école, l'entrée dans « le monde du travail » peut être véritablement vécue comme un plongeon dans une eau glacée ou un bain de friture ! Si on ne se formalise plus de la présence des femmes dans des filières telles que la sidérurgie ou la métallurgie, des vocations masculines dans les secteurs de la maïeutique ou de l'éducation / la garde des jeunes enfants, de la prise en compte des handicaps pour suivre les cours « comme les autres », ...la réalité du monde professionnel est tout autre. Le recruteur qui cherche à engager une nouvelle personne a bien souvent une idée précise de ce que sera la personne qu'il recherche en plus de ce qu'elle devra faire. Ainsi, s'il n'est pas prêt à envisager que vous soyez un homme, une femme, handicapé physique... il peut se laisser influencer par un discours ambiant, une pénurie ponctuelle ou tout autre argument extérieur, mais vous ne tarderez pas à découvrir que vous devrez faire vos preuves plus que les autres. Les choses évoluent, c'est vrai, mais plus lentement qu'on ne pourrait l'espérer.
Se retrouver dans une équipe où l'on ne partage pas les valeurs, les centres d'intérêt de ses collègues. Ça peut sembler être un détail dit comme ça, mais travailler au quotidien avec des personnes avec lesquelles on ne peut pas avoir d'autres échanges que sur des sujets purement professionnels peut s'avérer problématique. Surtout si on est une personne sociable, qui aime échanger et partager sans masque avec les autres. On peut vite avoir l'image du collègue coincé qui ne partage jamais rien de sa vie privée... avec les suppositions et la méfiance que cela peut induire.
Le manque d'estime de soi qui peut amener à s'isoler de peur de déranger, de poser des questions idiotes, de donner l'impression de ne pas être à la hauteur. Cette attitude peut être la conséquence d'expériences traumatisantes passées : harcèlement scolaire ou au travail, rejet d'une équipe antérieure, licenciement…
Être un introverti parmi des extravertis peut aussi être vécu comme une intégration douloureuse. Ce n'est pas que vous avez du mal avec les autres, c'est juste que vous aimeriez qu'ils comprennent que vous avez besoin de moments de calme, de solitude pour travailler…
Arriver dans une équipe où tout le monde se connaît depuis longtemps. Vous ne comprenez pas toujours les discussions parce qu'elles font appel à une mémoire collective...que vous n'avez pas. Personne n'a pensé à vous expliquer...des choses que tout le monde sait (sauf vous!). Tout le monde est au courant pour le dîner mensuel du vendredi soir...ah, pas vous ?
L'ambiance est pourtant bonne dans cette équipe...pourquoi avez-vous cette horrible impression de ne pas être à votre place ??????
Des débuts difficiles, ponctués de maladresses...qu'il faut ensuite tenter de rattraper. Car il arrive parfois que l'appréhension de l'intégration ne soit pas là. Peut-être parce que vous n'avez jamais eu de problèmes à vous intégrer nulle part, parce que vous êtes d'une nature confiante ou insouciante, ou parce que vous avez une tellement belle image de l'équipe que vous intégrez que cela n'a pas généré d'inquiétude. Un autre problème peut alors survenir : vous arrivez en terrain conquis, sans prendre le temps d'observer le fonctionnement en place et vous enchaînez les maladresses. Lorsque vous remarquez que l'accueil qui vous est réservé est de plus en plus froid, vous vous interrogez et découvrez alors les «détails » que vous regrettez de ne pas avoir remarqué avant...

Photo de Marten Bjork sur Unsplash
Quelques pistes pour anticiper ou soulager cette épreuve
Soigner son arrivée : on n’a qu’une occasion de faire une bonne première impression ! Bien sûr, rien n’est jamais définitif, mais une mauvaise impression de départ demandera beaucoup d’efforts par la suite pour compenser. Cela concerne aussi bien l’apparence (tenue vestimentaire dans laquelle on est à l’aise sans être en conflit avec la fonction occupée), le savoir-vivre (ponctualité, politesse) que l’état d’esprit. Se laisser une phase d’observation, ne pas chercher à se mettre en avant, rester professionnel dans ses relations (avec les collègues, les clients, les usagers) et être assertif dès le départ permet généralement de prendre sa place en douceur.
Garder les collègues à distance si besoin : nul besoin d’être « ami » avec eux. Si les valeurs ou les centres d’intérêt sont trop éloignés, inutile d’être hypocrite, au contraire ! Rester à des échanges au niveau pro, quitte à parler formations, lectures intéressantes sur des sujets pro, réseau pro...et se contenter d’écouter si d’autres sujets vous mettent mal à l’aise car vous n’avez pas envie de partager sur des domaines où vous vous sentez trop en décalage.
Avoir des personnes extérieures à l’entreprise pour parler « relations pro » en toute bienveillance. Parfois, lorsqu’on connaît peu les gens avec qui on travaille, on peut leur prêter des intentions qu’ils n’ont pas, simplement parce qu’on vit mal la situation. On peut se sentir agressé par un collègue qui parle fort dès le matin, ou au contraire évité par celui à qui il faut ses quatre cafés avant de devenir sociable. En parler avec des personnes proches mais extérieures à l’entreprise permet de revisiter les événements de façon différée, d’en plaisanter, de s’en plaindre (et se faire charrier gentiment) ou de déceler quand il y a réellement matière à s’inquiéter.
Ne pas comparer les expériences ou les situations à des scènes déjà vécues. Chaque expérience est unique. Rester attentif à ce qu’on ressent plus qu’aux circonstances qui peuvent sembler similaires. Une situation qui évoque une mauvaise expérience peut être vécue différemment si on décide de l’aborder autrement. Notamment avec une approche, une réaction ou une intention différente. On peut avoir besoin de se faire accompagner pour revisiter l’expérience négative et en tirer des enseignements.
Se ménager des temps de calme, d’isolement, de tranquillité, de travail personnel si on est introverti (travail dans un bureau isolé, décalage des horaires, repas seul au moins un jour sur 2…)
S’assurer qu’on ne se raconte pas des histoires en pensant être exclu. Relever des faits concrets, en parler avec des personnes extérieures pour relativiser et trouver du soutien pour dialoguer sans accuser (supérieur hiérarchique, syndicat, médiateur, assistante sociale, coach,…)
Et après ?
Ces quelques pistes suffiront très souvent à passer le cap de l’intégration. Ensuite, des relations plus naturelles s’installeront et vous aurez peut-être à votre tour l’occasion de voir un nouveau « débarquer » dans l’équipe. Et alors, vous pourrez à votre tour être attentif à sa bonne intégration. Sans présager de ce dont il aura besoin car chacun est différent !
Mais attention !
Dans certains cas, ces idées ne suffisent pas. Il ne faut alors pas sous-estimer l’impact que ces difficultés, même si elles semblent bien vécues, peuvent avoir sur les relations interpersonnelles, donc sur l’ambiance de travail et au final, sur le travail en lui-même.
Une intégration difficile peut générer :
- de la frustration, de la peine : ces émotions n’aident pas à donner le meilleur de soi,
- un sentiment d’impuissance : là encore, difficile d’être pleinement concentré sur son travail...
- pouvant aller jusqu’à la culpabilité (ça doit être de ma faute),
- voire la honte d’en parler, et là : danger ! Difficile de résoudre un problème dont on s’efforce de nier l’existence !
- un sentiment de rejet… très dangereux pour l’estime de la personne (et pas seulement professionnelle)
- une fatigue émotionnelle (mais pas que!) intense pouvant mener au burn-out.
Conclusion :
Une responsabilité collective se joue ici. L’intégration d’un nouvel arrivant dans une équipe est l’affaire de l’équipe !
Il y va de la responsabilité de chacun d’observer les signes d’éventuelles difficultés, d’en parler avec sincérité, et il est de la responsabilité de l’équipe de mettre en place les changements nécessaires pour y remédier.
Être accompagnés dans cette prise de conscience et ces changement peut être une solution.
Si vous en ressentez le besoin et ne savez pas à qui vous adresser, vos pouvez m’envoyer un message en MP.
Bonne rentrée à tous !
23 août 2022

Virginie ADELE
Le potentiel collectif des équipes & de leurs dirigeants au service de la performance